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Le professeur Jean-Jacques Muyembe Tamfum a reçu le prix Hideyo Noguchi au Japon
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Le professeur Jean-Jacques Muyembe Tamfum a reçu le prix Hideyo Noguchi au Japon

Nommé le samedi 20 juillet par le Président Félix Tshisekedi, pour piloter l’ensemble des opérations de la riposte nationale contre la dixième fièvre épidémique de la maladie à virus Ebola, que connait le pays, le professeur Jean-Jacques Muyembe Tamfum a reçu ce vendredi 30 août le prix Hideyo Noguchi pour sa contribution exceptionnelle à la recherche médicale. Le prestigieux prix lui a été décerné au Japon en présence de l’empereur Nahurito et de son épouse, l’impératrice Masako.

Né en RDC en 1942 et titulaire d’une maîtrise de l’Université de Lovanium, l’actuelle Université de Kinshasa, et d’un doctorat (Médecine/virologie) obtenu à l’Institut Rega de recherche médicale de l’Université catholique de Louvain (Belgique), le professeur Muyembe Tamfum est le Directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB). Professeur titulaire de microbiologie médicale (virologie), il enseigne à la Faculté de médecine de l’Université de Kinshasa.

Le troisième prix Hideyo Noguchi pour la recherche médicale en Afrique vient s’ajouter aux différentes récompenses des recherches qu’il a menées sur Ebola et d’autres virus mortels ainsi que ses efforts pour la formation des légions de spécialistes en la matière.

Une vie consacrée à la recherche contre le virus Ebola

Jean-Jacques Muyembe Tamfun a consacré les quatre dernières décennies à la recherche sur la maladie à virus Ebola. Il a travaillé dans l’équipe de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ayant appliqué les mesures de détection et de lutte pour la première flambée urbaine documentée d’Ebola, à Kikwit, en 1995. Déjà en 1974, il est envoyé dans l’actuelle province du Kongo central pour lutter contre deux épidémies, l’une de choléra dans le port de Matadi et l’autre qui décimait de nombreux soldats dans le camp militaire de Kitona.

« Ces deux expériences m’ont fait prendre conscience que je ne pouvais pas me contenter d’étudier les microbes en laboratoire et qu’il me fallait aussi aller sur le terrain. À cette époque, nous travaillions à mains nues, sans vêtements de protection. Plus tard, j’ai prélevé des échantillons de foie sur deux cadavres, à l’aide d’une tige métallique et, bien sûr, il y avait encore plus de sang que j’ai de nouveau lavé à l’eau et au savon« , confie l’expert congolais dans une interview accordée à la rédaction de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

En 1976, il aura le mérite de découvrir l’existence d’une maladie inconnue au pays. Il recueille des échantillons de sang et de tissus dans des conditions dangereuses et les communique à l’Institut de médecine tropicale de Belgique, où le virus Ebola fut découvert. Depuis cette année, le professeur reste au coeur des enjeux liés à Ebola, en contribuant à la recherche sur les vaccins, en mettant au point un traitement antisérum et en formant une nouvelle génération d’agents de lutte contre la maladie et de virus congolais.

En 1995, il est nommé président du Comité scientifique et international contre les épidémies de maladie à virus Ebola à Kikwit et mene des études approfondies sur cette épidémie, notamment en examinant les dossiers de l’hôpital et en interrogeant les survivants. Il constate que les épidémies de MVE à Kikwit étaient causées par une infection nosocomiale. Comme mesures de contrôle de la maladie à virus Ebola, il préconise l’isolement des patients dans un service de quarantaine, la distribution d’équipements de protection aux travailleurs de la santé et les membres de la famille. Il insiste également sur la distribution de matériel éducatif sanitaire, l’ensevelissement du défunt par une équipe formée. Ses recommandations connaîtront un succès indéniable.

En outre, il apporte une vision socioculturelle pour bloquer la transmission du virus Ebola. Grâce à ses observations, les pratiques traditionnelles de l’inhumation sont vite identifiées parmi les principales causes de transmission de la maladie dans la communauté.

Sur Twitter et invités à la soirée par le couple impérial japonais, le président du Burkina Faso Roch Kaboré ainsi que Moussa Faki Mahamat, président en exercice de la Commission de l’Union africaine depuis janvier 2017, ont félicité le professeur Jean-Jacques Muyembe pour le prix reçu.

Une contribution au-delà du seul virus Ebola

L’apport scientifique du Dr Muyembe Tamfum ne se limite pas à la maladie à virus Ebola. Il couvre également un large éventail de maladies. Face aux différentes crises que connaît le pays, notamment l’instabilité politique, la précarité des infrastructures et l’insuffisance des moyens mis à la disposition de l’INRB, il se dévoue au renforcement de ses capacités dans divers domaines.

Il réussit à mettre en place une infrastructure de recherche et de surveillance des maladies évitables par la vaccination (la poliomyélite, la rougeole et la fièvre jaune, etc.). En 2015, le prix Christophe Mérieux de l’Institut de France lui est décerné pour ses grandes réalisations et ses contributions dans le domaine de la recherche sur les maladies infectieuses en Afrique.

Le Dr Muyembe-Tamfum est aussi un homme qui sait entretenir des réseaux et des partenariats internationaux en dehors de l’Afrique. Il collabore avec l’Institut de médecine tropicale à Anvers (Belgique), l’Institut de recherche pour le développement à l’Université de Montpellier (France), l’Institut Robert Koch à Berlin (Allemagne), l’US Center for Disease Control et Prevention Atlanta (États-Unis d’Amérique), Instituts nationaux de la santé (États-Unis d’Amérique), l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), l’Agence de la santé publique du Canada (Canada) et institutions de recherche japonaises, notamment l’Institut national des maladies infectieuses (Tokyo), Hokkaido Université (Sapporo), l’Université de Nagasaki (Nagasaki) et le Centre national de la santé mondiale et de la médecine (Tokyo).

Alain Tshibanda

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